« Atalaku », l’origine du mot

Les origines du mot Atalaku

Tout commence à l’occasion des shows dans les boîtes de nuit et autres lieux de spectacles, les DJ et les animateurs « font des atalakus » à certaines personnes, qui émues, déversent sur eux, des billets de banques. Mais en fait, le mot « Atalaku » trouve son origine dans la musique congolaise. Il est même le symbole du bouillonnement d’un rythme musical : la Rumba.

Tout est parti du « générique »

La Rumba a toujours été une musique à paroles, avec des compositions inspirées des faits de société, et dont le style s’est imposé à travers le temps, survivant ainsi à plusieurs générations.

Les atalaku sont nés tout au début des années 80 dans la musique congolaise, à Kinshasa. Atalaku est un mot d’origine de l’ethnie Kongo, qui signifie « regarde ici » ou encore « dédicace ». Aujourd’hui, la musique congolaise des deux rives ne se conçoit plus sans un atalaku ou animateur. Il y a par exemple des noms qui dans ce cas, résistent aux épreuves du temps. La légion classique de la Rumba (Wendo Kolosoy, Kallé, Joseph Kabasélé, Luambo Makiadé, Pamelo Mounka…) privilégiait des textes bien cohérents. Ils ont bercé plusieurs générations avec leur habile manipulation de la rime. Après eux, une vague plus libérale et pratiquement endiablée a vu le jour. C’en était trop de ces richissimes producteurs zaïrois qui ont bâti des fortunes colossales aux dépens des artistes. Les atalaku sont donc devenus l’instrument de survie de ces artistes en herbe qui ne demandaient qu’à vivre de leur talent.

Les pionniers de la nouvelle génération congolaise (Olomidé, Wemba, JB Mpiana, Wera Son, Roga Roga…), vont danser et faire danser sous un rythme fort, endiablé et plus immoral. Ce fut bientôt la lutte entre la Rumba commerciale et la Rumba dans sa forme classique. Pour garder le tempo pendant un temps, ils essaient d’alterner entre les titres à paroles et les titres d’animation qui finalement, vont prendre le dessus à cause de la très forte demande. En fait, les titres d’animation sont une réponse à la demande implicite des boîtes de nuits, et même de certaines capitales africaines dans lesquelles le lingala n’est pas la langue d’usage. Les titres d’animation vont rapidement conquérir les marchés africains et occidentaux, encouragés par une diaspora en perte de valeurs culturelles et tiraillés entre leur nouvelle culture et leur inclination naturelle pour la culture de leur continent d’origine.

Les titres d’animation se définissent donc plus comme une démarche purement commerciale temporaire (« il faut vivre, il faut vendre même si c’est le vent du diable »), alors que les titres à paroles sont destinés à traverser le temps pour peut-être entrer dans la postérité. C’est en tout cas l’avis de certains critiques de la musique congolaise. La musique d’ambiance est consacrée par le dieu argent. Un album entièrement « à paroles » est directement voué à l’échec puisque l’audience de ce genre s’est amenuisée au fil des années. Il faut satisfaire aux exigences d’un public beaucoup plus jeune, peu cultivé, béotien et désabusé par les promesses non tenues de la classe dirigeante.

Les chanteurs congolais s’inventent donc un concept qu’ils appellent « le générique ». C’est lui qui donne le titre à l’album. Dans ce cas, la composition laisse le choix à l’improvisation de l’animateur qu’on appelle « Atalaku » au Congo. Plusieurs ont eu une renommée au-delà du giron national. Ils se sont d’ailleurs donnés des noms très évocateurs comme CNN, Bill Clinton, Bébé Kérosène, Tutu Kaluji, Kila Mbongo, Dolce Parabolique, Mbochi Lipasa… Ils sont entre autres, des animateurs-rois, des Atalaku dans le milieu très chaud et mouvementé de la musique congolaise. Avant chaque titre, l’animateur ou l’atalaku s’emploie à citer des noms des personnalités, sponsors officiels et officieux qui sont de tous les horizons.

Un enjeu économique

Le phénomène s’est finalement amplifié pour dépasser le cadre de la simple chanson et prendre un véritable enjeu économique. Certains entrepreneurs qui ont vu l’impact de ces musiques sur les populations en ont profité pour faire leur publicité. C’est le cas par exemple des compagnies Kin Fret Service, des entreprises d’import-export qui ont été longtemps citées dans des chansons congolaises. Même la multinationale Western Union s’y est mise, en parrainant plusieurs artistes dont Olomidé et Wera Son. Ce dernier est même très clair dans son album « Opération Dragon » : Pour envoyer de l’argent au pays, contactez Western Union. Koffi Olomidé dans « Droit de Veto » fait quasiment la même chose quand il dit : « Exxon International Trade livre votre voiture à domicile« . Malheureusement, beaucoup de musiciens congolais de cette époque ignoraient que toute cette publicité devait être « payante ». Même le grand Wemba a passé des années à chanter gratuitement plusieurs couturiers européens (Armani, Gianni Versace…), sans oublier les chaussures de luxe comme JM Weston, Church et la Doctor Marters. Dans tous les cas, ce sont des atalakus même s’ils ont été gratuits.

Une expression continentale

La culture reste ce qui est le mieux distribué au monde ; c’est la même chose en Afrique où par le fait de la langue (langues bantoues), les mots et leurs sens sont presque les mêmes partout sur le continent noir. En Afrique de l’Ouest, avec l’apparition de la tendance musicale dénommée « Coupé-décaler », là même où le mot « atalaku » signifie carrément éloges, « faire l’atalaku » veut donc dire « vanter quelqu’un » comme le font les griots de la tradition africaine.

Le phénomène est devenu pratiquement mode de vie, lorsque les DJ ivoiriens ont désertés les platines pour s’inviter sur la scène. Message ou pas message, il fallait survivre au marasme au politico-économique qu’à connu le pays. C’est avec eux que le langage populaire abidjanais s’est s’enrichi du nouveau mot « Atalaku » dont le sens reste identique qu’au Congo. Le mot, le concept économique et son utilisation ont tous été répandus à travers l’Afrique et on peut identifier des attitudes « atalakutistes » ou « atalakutisantes » même chez les occidentaux. Il est désormais en usage sur le Continent et parmi la diaspora africaine, reste à être introduit officiellement dans le dictionnaire français.

Sources : Patou Nsimba (All Africa), Dallo Privat (Prestige Magazine), Dictionnaire lingala-français.

Publié par Jcerobin

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3 commentaires sur « « Atalaku », l’origine du mot »

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